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L'émergence, l'incarnation et LA DERISION
DU
JOUEUR-SE
Justine Eeckman, clownefonnédienne, animatrice-accompagnante à la mise en jeu et en scène.
Pour me situer par rapport à mes privilèges:
Je suis une femme blanche, hétéro, cisgenre née en 1982 dans le nord de la France, issue d'une famille aisée financièrement avec un capital culturel peu cultivé.
J'ai l'énorme privilège d'avoir un filet de sécurité pour accéder à la propriété en 2015 grace à cet héritage familial, je bénéficie d'une sécurité financière qui me permet d'accéder à un confort dans mes choix de travail avec une facilité à l'accès au logement, aux soins, à l'alimentation, à l'éducation, à la culture et aux loisirs...etc...
À 18 ans, mon trouble de l'anxiété me pousse à chercher du sens dans un monde injuste, je cherche des moyens d'agir pour trouver des rapports plus égalitaires, solidaires et inclusifs. Je décide d'élargir un peu plus mon regard sur une lecture plus globale du monde, je rejoins une formation d'éducatrice spécialisée en Belgique que j'arrète en cours de route qui m'améne à l'I.U.T Carrière sociale de Tourcoing, où je choisis l'option "animation socio culturelle" qui me correspond mieux à ce moment là de ma vie. Puis en parrallèle je découvre le théâtre amateur axé sur des valeurs d'éducation populaire et je découvre les outils du théâtre de l'opprimé qui continue à déconstruire ma pensée et m'aide à mieux prendre conscience des oppressions systémiques du monde.
En 2010, je découvre le clown, un outil d'expression qui rassemble beaucoup de mes attraits et vient rajouter des ingrédients indispensables à mon approche du monde en tant que citoyenne, celui de l'humour, l'auto-dérision, la satire pour mieux déjouer les piéges du capitalisme et du patriarcat.
En 2015, je m'installe sur le lieu de vie de l'Abricole, un collectif d'ami-e-s qui défendent un espace de partages et de soutien amicaux en organisant dans un cadre privé des spectacles chez l'habitant, des moments de rencontres autour du jeu, de la fête, des projections de films/documentaires, des chantiers collectifs de bricolage/travaux et entretien de ce lieu bucolique (potager, verger, moutons, chats, poules, forêt, marre, animaux sauvages). L' Abricole souhaite offrir sur un territoire rural des moments de parenthèses et de partages pour se recharger, se ressourcer et prendre soin des liens amicaux. Cultiver la joie pour ainsi veiller à préserver en parallèle les luttes de terrain comme la paysannerie et autres implications citoyennes permettant tant bien que mal d'essayer de sortir de l'entre-soi pour élargir, entretenir des réseaux de solidarité.
L'Abricole héberge également les activités de l'association "Confit d'Art' qui accueille des stages et des résidences artistiques gérés par des intervenant-es pluridisciplinaire.
Pour me situer dans mon cursus d'apprentissages et de savoir faire:
Je forge ma pratique de comédienne et d'animatrice avec le clown, le bouffon, le théâtre de l'opprimé, le théâtre sensoriel et d'incarnation, le théâtre de rue et d'improvisations lors d'ateliers hebdomadaire, de stages et de formations intensives de quelques semaines durant plusieurs années.
Pour aller à l'essentiel de mon parcours, je me forme avec notamment avec différentes pédagogies :
- Gregory Cinus ( Cie les Tambours Battants) défendant un théâtre activiste.
- Fanny Bérard défendant un théâtre d'incarnation et de liens (issue de la pédagogie Lecoq)
- Eric Blouet et sa pédagogie de "l'éveil de la joueur-clown-e" et ses acolytes
(Cie les Consacrés, Sylvie Bernard) défendant un jeu organique, polymorphe, engagé, intime et essentiel.
- Christophe Thellier ancien collègue de Michel Dallaire défendant un jeu clownesque construit sur le partage avec le public et la mécanique du rire.
- Jöel Roth défendant la figure du bouffon où le rire est sacralisé pour se moquer des abus de pouvoir.
Et tous-tes cielles dont j'ai croisé la route (Maelle Perroto, Cie Dabateatr, Cie impactaT, Cie les Conflotistes, Cie Rouletabille, Marjorie Neau, qui m'ont beaucoup appris sur le chemin d'un jeu sensible, décalé, fantaisiste, vecteur d'émotions pour apporter un moment de convivialité, d'amusement, de joie et aussi pour mieux questionner nos manières de faire monde, de se lier, de résister, de construire des ponts en tentant de (re)construire un monde plus égalitaire.
Je voyage plusieurs années avec des outils d'animation, en tant qu'intervenante dans divers structures pour animer des ateliers de théâtre, des ateliers de FLE version théatralisée (français langue étrangère), des ateliers de jeux coopératifs, des ateliers de récoltes de paroles et de mise en lumière de récits de vie, des ateliers d'actions citoyennes, des ateliers de lecture d'albums jeunesse, des ateliers collectifs d'écriture de spectacles et de mise en jeu avec des adultes, des ados, des enfants et des séniors d'ici et d'ailleurs.
J'axe aujourd'hui mon travail sur la construction d'un jeu mélant l'intime, le politique et l'humour, pour développer un jeu à la fois sensible et grostesque pour laisser émerger une créativité polymorphe favorisant l'expression singulière et atypique de chaque joueur-se. Le fondement de ma pédagogie s'appuie essentiellement sur des outils ludiques et concrets qui permettent à l'acteur-trice/ joueur-se" de libérer certaines résistances et de trouver "de la détente", "de la dérision" et de "la distance" pour jouer avec le présent sans jugement, sans tabou avec une profondeure légère convoquant avant tout le ludisme, l'humilité et la fluidité dans le jeu. Cette approche du jeu permet d'aborder le plateau comme une grande cour de récréation et un espace de recherche pour découvrir et mieux connaitre son joueur-se, en s'autorisant à se laisser surprendre, à explorer, à ne pas savoir, à être chamboulé et à accueillir ses failles, ses trésors et ses potentiels pour s'exprimer aussi bien avec les mots que le corps, pour le corps savoure les mots et que les mots viennent des tripes et du coeur!
J'organise régulièrement des accompagnements, des labos/ stages de clown de mise en jeu et en création pour tout public, des spectacles autour du jeu, sous différentes formes et couleurs.
Et je suis en cours de création de trois seules en scène "Oh un oiseau", "Le syndrome de la licorne" et "La Rafistolerie des mots".
En 2019, suite à des complications du à une endométriose, je commence à m'interesser de plus près au mouvement féministe à travers des lectures, documentaires, films et podcasts qui viennent questionner mes relations, ma posture et mes conditionnements. Je continue à être sur le chemin de déconstruction des rapports de domination, tout cela prenant de plus en plus de place dans ma vie, ça me remue, ça me remet en question, me bouleverse et m'apprend chaque jour, pour tendre de plus en plus vers une pratique artistique en adéquation avec ces valeurs, en essayant de trouver un équilibre entre la réalité et l'utopie de mes convictions, avec toutes les failles et contradictions que cela génère...
Quelques questions orientent mon processus de création:
Comment improviser avec tout ce qui nous traverse au présent pour en faire de la matière à jouer?
Comment trouver du plaisir à ressentir et ouvrir sa présence sur les petites choses?
Comment aborder la "gravité du monde" en cultivant la joie dans les luttes?
Comment développer un propos avec sa propre parole d’auteur?
Comment laisser émerger notre créativité au plus profond de soi-même?
Comment donner vie et transformer ce qui nous touche en un acte artistique et politique du vivre ensemble?
Comment se sentir reliés, acteur-rices pour encore agir et réinventer d'autres modes de vies plus respectueux du vivant?
Comment ne pas succomber à la peur d'un systéme autoritaire et militaire? Comment rester debout, vivant-es et digne face au désastre en cours?
Comment notre rapport avec la nature peut éveiller notre créativité?
Comment créer pour agir? Comment donner à travers notre pratique artistique de la place aux rêves avec des espaces d'expression pour dénoncer les injustices, pour revendiquer la beauté de la nature, pour tisser, semer, et unir chacune de nos richesses humaines, pour faire que nos villages, que nos jardins, que nos cités, que nos tribus, que nos ruches, continuent à résister, à s'organiser pour réaliser l'équilibre de la vie et du monde en perpétuel mouvement... ?
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